« On n’est pas couché »…et les FEMEN

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         J’écris cet article suite à l’émission de Laurent Ruquier diffusée hier soir au cours de laquelle étaient invités Inna Shevchenko et Patrick Klugman. La première, vous l’avez sans doute déjà vue, est présentée comme la co-fondatrice du mouvement, sans doute pour simplifier car c’est faux : elle a rejoint les FEMEN en 2009, un an après la création par Anna Hutsol. Mais peu importe, Inna est devenue une figure majeure des FEMEN et elle s’occupe depuis septembre 2012 de la branche française puisqu’elle est installée à Paris (en Ukraine, elle serait condamnée à la prison pour avoir détruit à la tronçonneuse une horrible croix en bois). Patrick Klugman est lui l’avocat des FEMEN françaises, et il a du pain sur la planche depuis que deux activistes sont allées manifester en Tunisie contre la condamnation d’Amina et risquent à leur tour de faire un petit séjour à l’ombre.

            J’étais plutôt réservée sur ce mouvement. Je me considère moi-même comme féministe, et je déteste que l’on simplifie cette identité à de vieux clichés. Je ne supporte plus d’entendre ces femmes d’une quarantaine d’années sorties de grandes écoles de commerce, aujourd’hui avocates ou « senior advisers », nous donner des grandes leçons, se terminant inlassablement par l’idée ainsi résumée : je défends le travail des femmes et la place des femmes dans l’entreprise mais attention, je ne suis pas féministe.

                  Figurez-vous d’ailleurs qu’il existe un club appelé « Women’Up », créé par des jeunes femmes également issues d’écoles de commerce, visant à promouvoir le rôle des femmes mais aussi de la génération Y dans le monde du travail, qui revendique sa non-appartenance au féminisme. Ces demoiselles organisent des after-works, des rencontres avec des personnalités « inspirantes » (comprendre la version française d’ « inspiring »), dont, je vous la donne en mille, Françoise Héritier. Mais, surtout, je vous le rappelle, ne leur parlez pas de féminisme. Bref, il y a un sérieux problème en France par rapport à cette question.

          Les Femen, en modernisant l’image du féminisme, ont peut-être au moins apporté un élément positif. Pourtant, je n’arrive pas à les soutenir réellement, et je pense que le jour est loin qui me verra hurler topless « Fuck God » devant des grenouilles de bénitier sur le parvis de Notre-Dame.

       Je suis athée, souvent étonnée de la place qu’occupe la religion dans nos sociétés modernes, et je m’agace des réflexions de mes camarades croyants du style « c’est un peu triste quand même, de ne pas croire à quelque chose de plus grand que soi ». Comme eux, quand j’avais 5 ans, je me moquais de ma meilleure amie qui m’avait annoncé que le Père Noël n’existait pas. Elle avait quand même instillé un doute dans mon esprit. J’ai préféré passer l’affaire sous silence pendant quelques mois, avant d’oser affronter la vérité en posant directement la question à ma mère ; ce fut un moment douloureux.

Quelques mois plus tard, je me souviens que des enfants à l’école se moquaient d’un garçon qui y croyait encore, je ressentis alors une profonde empathie pour lui et conseillai aux autres de se taire ; il souffrait déjà assez.

        Dans le fond, je comprends les réflexions de mes amis croyants : oui, c’est triste un monde sans dieu, de même qu’ il est triste d’apprendre que le Père Noël n’a jamais existé. Et tout comme je ne me suis pas réjouie quand j’ai vu que le garçon comprenait, qu’il intégrait donc le camp des « grands » ou des « désillusionnés de Noël », je ne cherche pas non plus nécessairement à ce que les croyants renoncent à leurs convictions. S’ils croient en Dieu, et si cela leur permet de se donner un idéal, un modèle de vie, très bien. La comparaison avec le Père Noël n’est absolument pas condescendante ; j’aurais voulu que tous les enfants puissent rêver le plus longtemps possible. Vous avez forcément appris un jour ou l’autre que le Père Noël n’existait pas. Mais imaginez que ce soient des femmes en furie, les seins à l’air, qui vous aient hurlé dessus : « il existe pas ton Père Noël, connard de môme ! les cadeaux c’est tes parents qui les achètent en promo à Auchan ! ».

          Les Femen s’offusquent quand on leur dit qu’elles ont simplement voulu « choquer le bourgeois » et nous balancent leurs coups d’éclat en Ukraine ou en Tunisie. Toujours la même scène : « Free untel » ou « Fuck quelque chose», la même tenue, le même ton. Toujours la même fin, des gros costauds qui essayent de les virer, leur balançant parfois des vêtements pour cacher ces seins qu’on ne saurait voir. A ce propos, je suis assez d’accord. La liberté de montrer son corps devrait avoir certaines limites. J’ai du mal à supporter la vue d’un voisin en vacances qui s’exhibe en slip (évidemment trop petit), la bidoche à l’air, le caniche pas loin (non, je n’exagère rien). Il me semble qu’on pourrait trouver un juste milieu entre les fantômes noirs angoissants que nous évoquent les femmes voilées et les rageuses blondes à peau blafarde qui nous infligent leur épiderme. Je connais leur argumentaire bien huilé à ce sujet. Et c’est vrai que cela leur permet de se faire connaître. Cependant, la fin justifie-t-elle toujours les moyens ? et le simple fait d’être vues (plutôt qu’entendues d’ailleurs) permet-il à leur message de s’affirmer ?

           A regarder Ruquier hier, je crois avoir compris le fin mot de l’histoire. En fait, les Femen n’ont aucun réel combat. Elles veulent « libérer » la femme au sens large, mais n’ont pas de bataille précise. Tout les révolte, tout les énerve. Elles étaient aux côtés des manifestants pour le mariage gay, avec le mouvement « Occupy Wall Street », avec les Indignés…c’est très bien et je soutiens ces idées. Néanmoins, cela les empêche d’avoir une ligne d’action claire. Leur volonté d’être citoyennes du monde est louable mais contribue à brouiller un message déjà confus. Elles sont un peu à côté de la plaque en cherchant à appliquer les mêmes méthodes dans les pays de l’Est, les pays islamiques ou les pays occidentaux. Dans le fond, je les soupçonne même de faire des provocs pour être traînées en justice et ensuite pouvoir parler de leur combat. Elles rentrent dans un mouvement autotélique dont le but ultime est de défendre leur droit à s’exprimer. On a l’impression qu’elles passent la moitié de leur temps à organiser des actions, et l’autre à se défendre une fois qu’elles ont à répondre de ces actions.

              D’où la présence de l’avocat d’hier. Il me faisait hésiter entre le rire et l’agacement. Ses effets de manche tombaient complètement à plat, il invoquait l’égalité entre les femmes françaises et tunisiennes en secouant l’index de bas en haut, comme s’il était face à un tribunal de l’Inquisition. A côté d’ Inna Shevchenko, qui récite son discours comme un cgtiste en colère, ils formaient un duo comique. « Oui, Natacha ! » disait-il avec véhémence « oui, je suis contre le relativisme culturel ! » Quelle audace ! affirmer l’universalité des droits de l’homme en France, sur un plateau télé où tout le monde est acquis d’avance à sa cause ! on en tremblait. Avec son petit air indigné il aurait pu continuer longtemps et nous envoyer en pleine face que l’Etat ne doit pas être lié à la religion, aucune religion d’ailleurs et en aucune manière ! que l’on est libre de ses pensées ou encore que le mariage forcé est une pratique détestable, ne vous en déplaise ! Il était prêt à tout balancer, fallait pas le chercher. Il aurait pu défiler aux côtés de ces femmes que j’ai vues lors d’une récente manifestation, brandissant une affiche où on pouvait lire : « Les femmes ne sont pas des usines à bébés ». Si celles qui défendent les droits des femmes en France croient que c’est encore là le combat à mener, on est mal barrés.

             C’est finalement Thierry Marx qui a eu la remarque la plus pertinente de la soirée :« S’agiter c’est parfois bien, mais agir, c’est mieux ». Et réfléchir aussi.

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Un commentaire pour « On n’est pas couché »…et les FEMEN

  1. americanosity dit :

    Je suis totalement d’accord sur l’absence de réelles convictions/revendications des FEMEN, ce qui les rend d’autant plus ridicules à mes yeux. Ce n’est certainement pas défiler seins nus qui va arranger la condition de la femme et aider à les (nous) prendre au sérieux. Au contraire, arrêtons de dénuder la femme pour qu’elle existe. C’est tellement superficiel, choquer pour choquer, il est temps de passer à autre chose!

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