Festival du Film d’Angoulême, suite

J’ai longuement parlé du film La Vie domestique, mais je n’ai pas évoqué le reste. Le premier jour (vendredi donc), j’avais également vu Vic+Flo ont vu un ours et Casse-tête chinois. Le premier film m’a un peu déçue, alors même que j’avais très envie de le voir. Le second était un grand événement du festival : c’était une avant-première (les autres sont en compétition, diffusés chacun 3 fois, soit au CIBDI soit à l’espace Franquin tandis que les avant-premières ont droit aux salles du CGR) en présence des acteurs (Romain Duris, Audrey Tautou et Cécile de France) et du réalisateur Cédric Klapisch.

chinoisLe film commençait à 19h30 ; à 18h45, il y avait déjà une foule incroyable. Je savais qu’il y avait peu de chances que tout le monde puisse rentrer et j’ai donc décidé de ne pas faire la queue, d’aller manger à côté et de revenir ensuite pour voir l’équipe du film arriver – moment où Angoulême ressemble un peu à Cannes, ce qui est assez rare pour être souligné…j’ai vu les acteurs, mais aussi quelques huiles, notamment Aurélie Filipetti à qui une dame a dit « continuez à faire ce que vous faites pour la culture » ce à quoi la ministre a répondu « merci ». Et la dame de se retourner et de dire, toute émoustillée « je lui ai dit « continuez à faire ce que vous faites pour la culture » et elle m’a dit « merci » ».

Pendant ce temps des gus pas nombreux braillaient sur la place du champ de Mars, à côté des lascars qui se roulent des joints en loucedé : « un papa, une maman … ». Mais tout le monde s’en foutait, et on ne les a pas revus depuis. Dommage, j’avais apprécié l’effort de maquillage d’une des jeunes filles, conforme au slogan « maman rose et papa bleu » : elle avait mis un fard bleu pétrole sur les paupières et sa bouche était d’un rose pétant atroce ; on aurait dit une prostituée, ce qui cadrait bien avec les loustics qui traînent sur la place, mais pas trop avec son petit ami en chemise Ralph Lauren et bermuda bleu foncé. Les pauvres ! si je sais tout ça c’est parce que je suis allée les voir, poussée par la curiosité; j’ai fait mine de les soutenir d’ailleurs – lâcheté quand tu nous tiens….et puis j’ai écouté de loin une conversation entre une mère de famille et un type qui se disait lui-même « un petit peu homo » au sujet de la propension des gays et des hétéros à faire la bringue, ce qui était lié selon eux à la qualité de bons parents. Bref, j’ai bien passé le temps avant d’apprendre que les salles étaient pleines, mais qu’il y aurait une nouvelle séance à 22h.

A 22h, je faisais de nouveau le pied de grue, ne sachant pas vraiment si j’avais eu raison de revenir. J’avais aimé L’Auberge espagnole quand j’étais petite, même si ça m’avait dégoûtée de grandir (ce qui peut paraître paradoxal). Je ne retiens pas grand chose des Poupées russes sinon qu’une des actrices du film s’est suicidée peu de temps après, et que cela m’a profondément touchée.lucy_gordon_n_b_reference

Casse-tête chinois est donc le dernier volet de cette trilogie (j’ignore s’il y aura une suite) ; et on retrouve en effet le même ton, les mêmes personnages. Ils n’ont d’ailleurs presque pas vieilli, même s’ils répètent à plusieurs reprises qu’ils ont « quarante ans, merde ». Je n’ai pas grand chose à dire sur le film sinon que j’ai passé un moment agréable, que je ne regrette pas d’avoir attendu, mais qu’il n’y a rien non plus d’extraordinaire. Peut-être qu’on est un peu déçu aussi de la vie de Xavier, de sa banalité…divorcé, père de 2 enfants, lui qui se voulait différent des autres. Il lui arrive bien des choses un peu bizarres, des rencontres curieuses, des hallucinations philosophiques assez drôles. Mais il finit par renouer avec son ex (une de ses ex en tout cas), par être un gentil papa, un divorcé heureux…je retrouve l’angoisse de la scène de la cuisine du premier opus (celle où sa mère lui fait cuire un morceau de viande dans une poêle, et qui m’avait mise mal à l’aise), l’angoisse de la médiocrité de la vie en général, de la nôtre en particulier.duris

L’avant-première de samedi était d’un autre style : Eyjafa…ou plutôt, comme on dit en chti « le volcan ». Cette blague est de Dany Boon, qui est gentiment venu dire quelques mots dans la salle avant la projection, même pour la séance de 22h. Il était accompagné de Valérie Bonneton, très sympathique elle aussi. J’aime beaucoup les gens qui, malgré leur sens de l’humour, leur côté intransigeant et caustique, arrivent à être et à paraître profondément humains et simples. Pour en revenir au film, j’allais le voir sans grande conviction, mais il m’a agréablement surprise. Valérie Bonneton et Dany Boon sont remarquables, et il y a des scènes excellentes. Je n’en dis pas plus, l’histoire racontée paraîtrait un peu fade, il faut la voir jouée, car elle vaut essentiellement pour la qualité des acteurs. On passe en tout cas un très bon moment.  boon

Aujourd’hui, j’ai vu le dernier film de Dupontel, 9 mois ferme . L’histoire ne tient pas debout : il s’agit d’une femme, magistrate coincée et célibataire endurcie, qui boit un peu trop lors d’une soirée de réveillon et finit par coucher avec un repris de justice entre deux poubelles. Elle tombe enceinte de lui mais ne s’en rend compte qu’au bout de plusieurs mois, quand l’avortement n’est plus envisageable. Evidemment elle ne se souvient de rien, car elle avait bu. Oui vous savez, quand on boit, on arrive à marcher, à parler, à avoir des rapports sexuels, mais on n’a plus de mémoire…je ne sais pas qui a inventé cette histoire, mais elle a permis à de nombreux films d’exister, ce qui n’est déjà pas mal. La femme en question arrive par la suite à se souvenir de l’heure précise de l’acte puisque (elle mime la fellation) elle pouvait voir la montre du type, mais oups, bien sûr elle ne se souvient de rien, l’alcool c’est terrible (ici la question demeure : est-ce que Dupontel a voulu cette incohérence ? pourquoi ? simplement pour placer un geste salace, la fille bien élevée qui se dévergonde devant ses pairs ? cet humour me fait penser aux films américains, je ne sais pas si c’était voulu). A côté de ce personnage un peu caricatural mais très bien joué par Sandrine Kiberlain, il y a des trouvailles hilarantes tout au long du film. Dupontel est excellent en pauvre type accusé à tort (on le croit « globophage », mangeur d’yeux humains) et les moments où Dujardin traduit les reportages télé en langage des signes sont très bons. Bref, ce film m’a bien plu, et je le conseille, malgré quelques petites facilités (notamment la pique contre les policiers, qui sont tous forcément stupides, d’après le voleur honnête. C’est un peu du même niveau que « les politiques sont tous pourris », et ça ne ressemble d’ailleurs pas à l’humour plus fin et décalé de Dupontel. Mais, pour reprendre ce type de phrases toutes faites « personne n’est parfait ! »).Dupontel-9mois-ferme

Un événement qui a marqué cette dernière soirée ne relève pas du film directement. Je l’ai dit, j’ai vu les 3 films dans des séances supplémentaires, à 22h. Cela est dû au fait que tous les festivaliers ne pouvaient pas rentrer aux séances de 20h, les 4 salles proposées par le CGR ne suffisant pas à caser tout le monde. Et c’est là que les problèmes commencent….le premier soir, on peut comprendre le cafouillage : c’est le début, les organisateurs ont été dépassés par le succès, ils n’ont pas eu le temps de réagir. J’ai en mémoire l’indignation d’une dame, détachant bien les syllabes : « la-men-table ». Elle disait ça à un type qui répondait « j’y peux rien », l’air à peine désolé. Ce qui était lamentable, c’est qu’elle avait fait deux heures de queue pour rien. Le problème n’était pas tant qu’il n’y ait pas assez de places, mais qu’on n’ait pas prévenu les gens plus tôt qu’ils ne pourraient pas voir le film. Le lendemain, même topo. Cette fois seulement, je n’ai même pas tenté de faire la queue à 20h (j’avais vu un autre film à 18h, et je suis donc arrivée au CGR alors que le film avait déjà commencé), mais j’ai appris qu’il y avait une séance supplémentaire comme la veille. Dimanche soir, j’ai voulu voir le film à 20h, et j’ai donc décidé de prendre le risque, en pensant quand même que les organisateurs avaient eu le temps de comprendre le phénomène, et de prévoir. A quelques mètres de l’entrée, Dominique Besnéhard est venu nous dire « jusqu’ici c’est bon », et tout le monde a eu l’air réjoui. Quelques minutes plus tard pourtant, une jeune fille nous a annoncé que finalement non, il n’y avait plus de place, et c’est là que les choses ont mal tourné.

foule

Aucun organisateur n’a eu le courage de venir s’excuser ou du moins expliquer la situation. Ce sont deux pauvres jeunes qu’on a envoyés au casse-pipe pour annoncer aux gens qu’ils avaient encore attendu deux heures inutilement. On a encore eu droit au classique « moi j’y suis pour rien », ce à quoi une dame a répondu, excédée « oui mais c’est vous qu’on a en face ». Un jeune homme devant moi avait l’air particulièrement agacé. J’ai un peu discuté avec lui, il m’a expliqué qu’il était fan de Dupontel, qu’il était venu spécialement pour le voir, que la jeune fille le matin lui avait dit qu’il verrait le film sans problèmes, qu’il avait accepté d’acheter le pass alors qu’il n’utiliserait que deux places, pour sa femme et lui. Il y a ensuite eu un moment de flottement, des bruits ont couru que peut-être une autre salle allait être ouverte. Mais finalement non. Et c’est vers là que le ton est monté entre le jeune homme à qui j’avais parlé et un sbire du CGR. « Ce n’est pas très intelligent de votre part de ne pas avoir pensé à ce genre de choses » lui a dit le jeune homme, d’un ton assez vif. Et l’autre, qui ne supportait pas qu’on associe le mot intelligent à la négation dans une phrase qui l’impliquait plus ou moins directement a rétorqué, bouillonnant, « oui, c’est ça, je suis pas intelligent ».

Il est reparti, puis revenu, a demandé au jeune de sortir. Dehors, ça ne s’est pas calmé. J’ai cru qu’ils allaient finir par se battre. Le jeune disait qu’il avait dû faire garder sa fille par une baby-sitter, qu’il faudrait qu’elle reste plus longtemps, que ça leur coûterait plus cher, mais que ça, personne n’y pensait. Comme le ton montait, le directeur du CGR a fini par se radiner. Il a dit « fermez les portes » à ses employés, s’est planté devant le cinéma, et a fait mine de s’en foutre en tapotant sur son Iphone 5. Finalement le jeune est parti, et celui avec qui il venait de s’embrouiller s’est assis pour fumer une cigarette sur les marches, devant le cinéma. Je n’ai évidemment pas résisté à l’envie de lui parler (entre lui et les manifestants pour tous, je cherche vraiment des interlocuteurs de choix). J’ai essayé de lui expliquer que ce n’était pas de sa faute évidemment, que tous les gens présents appréciaient beaucoup le festival, qu’ils étaient capables de comprendre la situation, mais que la moindre des choses était de ne pas les prendre pour des idiots, de ne pas les mépriser. J’ai dit que je n’appréciais pas que le directeur se fasse mousser devant les vedettes, joue au mec cool avant les projections, mais qu’il envoie les jeunes annoncer les mauvaises nouvelles et se faire engueuler par le public. J’ai dit que le jeune homme en question n’avait pas un mauvais fond, qu’il n’aurait pas fallu lui crier dessus (mais Madame, c’est lui qui a commencé, m’a-t-il répondu mot pour mot), qu’il fallait tenter de calmer le jeu. Il ne semblait pas comprendre ce que je disais, répétant que tout cela était dû à des « impondérables », qu’on ne pouvait pas ouvrir plus de salles…alors que je ne lui parlais pas de ça mais de la façon dont on informait les gens de ces fameux impondérables. Bref, j’avais l’impression de parler à un mur, et le directeur, un peu plus loin, continuait d’ignorer superbement la plèbe parquée entre les barrières, en regardant l’écran de son super smartphone….Je suis quand même revenue à 22h, et j’ai recroisé le jeune homme et sa femme à la sortie de la séance. Je lui ai demandé s’il avait aimé le film « oui, beaucoup » m’a-t-il répondu dans un large sourire.

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