Les Garçons et Guillaume, à table !

J’attendais ce film avec impatience : j’aime beaucoup Guillaume Gallienne et j’avais vu la bande-annonce qui m’avait déjà fait rire. Sélectionné pour la compétition, ce film passe donc à 3 reprises durant le festival, soit à la salle Némo, soit à l’espace Franquin. De trop petites salles pour un grand film…et pour des festivaliers trop nombreux, qui n’ont pas tous pu assister aux séances.

 L’histoire racontée, à la première personne, est celle de Guillaume Gallienne, depuis sa jeune adolescence jusqu’à aujourd’hui. Une histoire assez originale, qui pourrait se résumer par l’expression « coming-in » : il explique en effet comment il a réussi à comprendre qu’il était hétérosexuel, alors qu’il avait toujours été considéré comme un homo, et qu’il avait d’abord voulu se conformer à cette image avant de tomber fou amoureux de la femme qu’il a depuis épousée.

Le rôle de la mère (jouée par Gallienne, excellent en femme également) est essentiel : le jeune garçon veut lui plaire, lui ressembler. Il attend tout d’elle, quand ses frères et son père le laissent plutôt indifférent. Image

Guillaume nous emmène dans ses souvenirs d’adolescent, de son premier séjour linguistique en Espagne à son passage dans un pensionnat anglais, après une expérience désastreuse dans un autre pensionnat en France, constitué de garçons uniquement. Il nous présente les femmes de sa vie : sa mère, sa grand-mère, ses tantes.  Tout est drôle, finement observé et incroyablement joué. J’ai oublié de préciser que le film est lié à la pièce de théâtre que Gallienne avait écrite auparavant ; c’est ainsi que l’on passe du souvenir vivant recréé par le cinéma au souvenir raconté par le comédien seul sur scène. Quand il mime un vieil Espagnol riant de le voir danser comme une femme à la fête du village, l’expression est encore plus drôle que l’on voit ensuite ce vieil homme en vrai ou plutôt en faux, dans la mémoire reconstituée par le film. Ce procédé, que je n’avais jamais vu auparavant (ou alors si, mais de loin, avec Seinfeld qui mêlait à la sitcom des extraits de ses stand-ups), est génial en ce qu’il magnifie et le théâtre et le cinéma ; il permet au film de n’être ni une simple adaptation de la pièce, ni une trahison de son esprit et de son originalité.

Il faut absolument aller le voir, il ne ressemble à rien d’autre, c’est drôle et profond à la fois, ce qui n’est pas si commun. Certaines répliques sont déjà cultes pour moi, notamment Et là je m’entends lui sortir cette phrase de teckel « je peux pas, j’ai mal au dos » ou encore Bon, ton frère a voulu te noyer tu vas pas en faire toute une histoire !  Je sais, ce n’Imageest pas drôle dit comme ça, il faudra donc vous rendre au cinéma dès le 20 novembre (quelle attente !) pour retrouver toute la saveur de ces phrases…l’examen pour le service militaire est également à pleurer de rire. Et la scène du massage, en réplique de celle des Bronzés, est encore plus drôle que l’original. Guillaume Gallienne maîtrise toutes les formes de l’humour, du comique de geste à celui de situation ou de caractère, sans jamais tomber dans la caricature ou la facilité.

Le film a été très applaudi, peut-être aussi parce que nous attendions le retour de Gallienne (il avait présenté son film avant la projection). Il est en effet revenu, apparemment très touché de cet accueil. La salle s’est levée pour l’applaudir longuement, après trois salves durant le générique.

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Festival du Film d’Angoulême, suite

J’ai longuement parlé du film La Vie domestique, mais je n’ai pas évoqué le reste. Le premier jour (vendredi donc), j’avais également vu Vic+Flo ont vu un ours et Casse-tête chinois. Le premier film m’a un peu déçue, alors même que j’avais très envie de le voir. Le second était un grand événement du festival : c’était une avant-première (les autres sont en compétition, diffusés chacun 3 fois, soit au CIBDI soit à l’espace Franquin tandis que les avant-premières ont droit aux salles du CGR) en présence des acteurs (Romain Duris, Audrey Tautou et Cécile de France) et du réalisateur Cédric Klapisch.

chinoisLe film commençait à 19h30 ; à 18h45, il y avait déjà une foule incroyable. Je savais qu’il y avait peu de chances que tout le monde puisse rentrer et j’ai donc décidé de ne pas faire la queue, d’aller manger à côté et de revenir ensuite pour voir l’équipe du film arriver – moment où Angoulême ressemble un peu à Cannes, ce qui est assez rare pour être souligné…j’ai vu les acteurs, mais aussi quelques huiles, notamment Aurélie Filipetti à qui une dame a dit « continuez à faire ce que vous faites pour la culture » ce à quoi la ministre a répondu « merci ». Et la dame de se retourner et de dire, toute émoustillée « je lui ai dit « continuez à faire ce que vous faites pour la culture » et elle m’a dit « merci » ».

Pendant ce temps des gus pas nombreux braillaient sur la place du champ de Mars, à côté des lascars qui se roulent des joints en loucedé : « un papa, une maman … ». Mais tout le monde s’en foutait, et on ne les a pas revus depuis. Dommage, j’avais apprécié l’effort de maquillage d’une des jeunes filles, conforme au slogan « maman rose et papa bleu » : elle avait mis un fard bleu pétrole sur les paupières et sa bouche était d’un rose pétant atroce ; on aurait dit une prostituée, ce qui cadrait bien avec les loustics qui traînent sur la place, mais pas trop avec son petit ami en chemise Ralph Lauren et bermuda bleu foncé. Les pauvres ! si je sais tout ça c’est parce que je suis allée les voir, poussée par la curiosité; j’ai fait mine de les soutenir d’ailleurs – lâcheté quand tu nous tiens….et puis j’ai écouté de loin une conversation entre une mère de famille et un type qui se disait lui-même « un petit peu homo » au sujet de la propension des gays et des hétéros à faire la bringue, ce qui était lié selon eux à la qualité de bons parents. Bref, j’ai bien passé le temps avant d’apprendre que les salles étaient pleines, mais qu’il y aurait une nouvelle séance à 22h.

A 22h, je faisais de nouveau le pied de grue, ne sachant pas vraiment si j’avais eu raison de revenir. J’avais aimé L’Auberge espagnole quand j’étais petite, même si ça m’avait dégoûtée de grandir (ce qui peut paraître paradoxal). Je ne retiens pas grand chose des Poupées russes sinon qu’une des actrices du film s’est suicidée peu de temps après, et que cela m’a profondément touchée.lucy_gordon_n_b_reference

Casse-tête chinois est donc le dernier volet de cette trilogie (j’ignore s’il y aura une suite) ; et on retrouve en effet le même ton, les mêmes personnages. Ils n’ont d’ailleurs presque pas vieilli, même s’ils répètent à plusieurs reprises qu’ils ont « quarante ans, merde ». Je n’ai pas grand chose à dire sur le film sinon que j’ai passé un moment agréable, que je ne regrette pas d’avoir attendu, mais qu’il n’y a rien non plus d’extraordinaire. Peut-être qu’on est un peu déçu aussi de la vie de Xavier, de sa banalité…divorcé, père de 2 enfants, lui qui se voulait différent des autres. Il lui arrive bien des choses un peu bizarres, des rencontres curieuses, des hallucinations philosophiques assez drôles. Mais il finit par renouer avec son ex (une de ses ex en tout cas), par être un gentil papa, un divorcé heureux…je retrouve l’angoisse de la scène de la cuisine du premier opus (celle où sa mère lui fait cuire un morceau de viande dans une poêle, et qui m’avait mise mal à l’aise), l’angoisse de la médiocrité de la vie en général, de la nôtre en particulier.duris

L’avant-première de samedi était d’un autre style : Eyjafa…ou plutôt, comme on dit en chti « le volcan ». Cette blague est de Dany Boon, qui est gentiment venu dire quelques mots dans la salle avant la projection, même pour la séance de 22h. Il était accompagné de Valérie Bonneton, très sympathique elle aussi. J’aime beaucoup les gens qui, malgré leur sens de l’humour, leur côté intransigeant et caustique, arrivent à être et à paraître profondément humains et simples. Pour en revenir au film, j’allais le voir sans grande conviction, mais il m’a agréablement surprise. Valérie Bonneton et Dany Boon sont remarquables, et il y a des scènes excellentes. Je n’en dis pas plus, l’histoire racontée paraîtrait un peu fade, il faut la voir jouée, car elle vaut essentiellement pour la qualité des acteurs. On passe en tout cas un très bon moment.  boon

Aujourd’hui, j’ai vu le dernier film de Dupontel, 9 mois ferme . L’histoire ne tient pas debout : il s’agit d’une femme, magistrate coincée et célibataire endurcie, qui boit un peu trop lors d’une soirée de réveillon et finit par coucher avec un repris de justice entre deux poubelles. Elle tombe enceinte de lui mais ne s’en rend compte qu’au bout de plusieurs mois, quand l’avortement n’est plus envisageable. Evidemment elle ne se souvient de rien, car elle avait bu. Oui vous savez, quand on boit, on arrive à marcher, à parler, à avoir des rapports sexuels, mais on n’a plus de mémoire…je ne sais pas qui a inventé cette histoire, mais elle a permis à de nombreux films d’exister, ce qui n’est déjà pas mal. La femme en question arrive par la suite à se souvenir de l’heure précise de l’acte puisque (elle mime la fellation) elle pouvait voir la montre du type, mais oups, bien sûr elle ne se souvient de rien, l’alcool c’est terrible (ici la question demeure : est-ce que Dupontel a voulu cette incohérence ? pourquoi ? simplement pour placer un geste salace, la fille bien élevée qui se dévergonde devant ses pairs ? cet humour me fait penser aux films américains, je ne sais pas si c’était voulu). A côté de ce personnage un peu caricatural mais très bien joué par Sandrine Kiberlain, il y a des trouvailles hilarantes tout au long du film. Dupontel est excellent en pauvre type accusé à tort (on le croit « globophage », mangeur d’yeux humains) et les moments où Dujardin traduit les reportages télé en langage des signes sont très bons. Bref, ce film m’a bien plu, et je le conseille, malgré quelques petites facilités (notamment la pique contre les policiers, qui sont tous forcément stupides, d’après le voleur honnête. C’est un peu du même niveau que « les politiques sont tous pourris », et ça ne ressemble d’ailleurs pas à l’humour plus fin et décalé de Dupontel. Mais, pour reprendre ce type de phrases toutes faites « personne n’est parfait ! »).Dupontel-9mois-ferme

Un événement qui a marqué cette dernière soirée ne relève pas du film directement. Je l’ai dit, j’ai vu les 3 films dans des séances supplémentaires, à 22h. Cela est dû au fait que tous les festivaliers ne pouvaient pas rentrer aux séances de 20h, les 4 salles proposées par le CGR ne suffisant pas à caser tout le monde. Et c’est là que les problèmes commencent….le premier soir, on peut comprendre le cafouillage : c’est le début, les organisateurs ont été dépassés par le succès, ils n’ont pas eu le temps de réagir. J’ai en mémoire l’indignation d’une dame, détachant bien les syllabes : « la-men-table ». Elle disait ça à un type qui répondait « j’y peux rien », l’air à peine désolé. Ce qui était lamentable, c’est qu’elle avait fait deux heures de queue pour rien. Le problème n’était pas tant qu’il n’y ait pas assez de places, mais qu’on n’ait pas prévenu les gens plus tôt qu’ils ne pourraient pas voir le film. Le lendemain, même topo. Cette fois seulement, je n’ai même pas tenté de faire la queue à 20h (j’avais vu un autre film à 18h, et je suis donc arrivée au CGR alors que le film avait déjà commencé), mais j’ai appris qu’il y avait une séance supplémentaire comme la veille. Dimanche soir, j’ai voulu voir le film à 20h, et j’ai donc décidé de prendre le risque, en pensant quand même que les organisateurs avaient eu le temps de comprendre le phénomène, et de prévoir. A quelques mètres de l’entrée, Dominique Besnéhard est venu nous dire « jusqu’ici c’est bon », et tout le monde a eu l’air réjoui. Quelques minutes plus tard pourtant, une jeune fille nous a annoncé que finalement non, il n’y avait plus de place, et c’est là que les choses ont mal tourné.

foule

Aucun organisateur n’a eu le courage de venir s’excuser ou du moins expliquer la situation. Ce sont deux pauvres jeunes qu’on a envoyés au casse-pipe pour annoncer aux gens qu’ils avaient encore attendu deux heures inutilement. On a encore eu droit au classique « moi j’y suis pour rien », ce à quoi une dame a répondu, excédée « oui mais c’est vous qu’on a en face ». Un jeune homme devant moi avait l’air particulièrement agacé. J’ai un peu discuté avec lui, il m’a expliqué qu’il était fan de Dupontel, qu’il était venu spécialement pour le voir, que la jeune fille le matin lui avait dit qu’il verrait le film sans problèmes, qu’il avait accepté d’acheter le pass alors qu’il n’utiliserait que deux places, pour sa femme et lui. Il y a ensuite eu un moment de flottement, des bruits ont couru que peut-être une autre salle allait être ouverte. Mais finalement non. Et c’est vers là que le ton est monté entre le jeune homme à qui j’avais parlé et un sbire du CGR. « Ce n’est pas très intelligent de votre part de ne pas avoir pensé à ce genre de choses » lui a dit le jeune homme, d’un ton assez vif. Et l’autre, qui ne supportait pas qu’on associe le mot intelligent à la négation dans une phrase qui l’impliquait plus ou moins directement a rétorqué, bouillonnant, « oui, c’est ça, je suis pas intelligent ».

Il est reparti, puis revenu, a demandé au jeune de sortir. Dehors, ça ne s’est pas calmé. J’ai cru qu’ils allaient finir par se battre. Le jeune disait qu’il avait dû faire garder sa fille par une baby-sitter, qu’il faudrait qu’elle reste plus longtemps, que ça leur coûterait plus cher, mais que ça, personne n’y pensait. Comme le ton montait, le directeur du CGR a fini par se radiner. Il a dit « fermez les portes » à ses employés, s’est planté devant le cinéma, et a fait mine de s’en foutre en tapotant sur son Iphone 5. Finalement le jeune est parti, et celui avec qui il venait de s’embrouiller s’est assis pour fumer une cigarette sur les marches, devant le cinéma. Je n’ai évidemment pas résisté à l’envie de lui parler (entre lui et les manifestants pour tous, je cherche vraiment des interlocuteurs de choix). J’ai essayé de lui expliquer que ce n’était pas de sa faute évidemment, que tous les gens présents appréciaient beaucoup le festival, qu’ils étaient capables de comprendre la situation, mais que la moindre des choses était de ne pas les prendre pour des idiots, de ne pas les mépriser. J’ai dit que je n’appréciais pas que le directeur se fasse mousser devant les vedettes, joue au mec cool avant les projections, mais qu’il envoie les jeunes annoncer les mauvaises nouvelles et se faire engueuler par le public. J’ai dit que le jeune homme en question n’avait pas un mauvais fond, qu’il n’aurait pas fallu lui crier dessus (mais Madame, c’est lui qui a commencé, m’a-t-il répondu mot pour mot), qu’il fallait tenter de calmer le jeu. Il ne semblait pas comprendre ce que je disais, répétant que tout cela était dû à des « impondérables », qu’on ne pouvait pas ouvrir plus de salles…alors que je ne lui parlais pas de ça mais de la façon dont on informait les gens de ces fameux impondérables. Bref, j’avais l’impression de parler à un mur, et le directeur, un peu plus loin, continuait d’ignorer superbement la plèbe parquée entre les barrières, en regardant l’écran de son super smartphone….Je suis quand même revenue à 22h, et j’ai recroisé le jeune homme et sa femme à la sortie de la séance. Je lui ai demandé s’il avait aimé le film « oui, beaucoup » m’a-t-il répondu dans un large sourire.

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Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

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Vers l’innovation et au-delà !

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Hier matin en lisant le journal, j’ai failli recracher mon thé au caramel. Je ne fais pas traîner le suspense plus longtemps et vous dévoile l’objet de mon courroux : un petit billet appartenant à la rubrique « innovation » du quotidien Charente Libre. En voici la version internet, plus longue mais du même tonneau néanmoins :

La ville de Zurich a dévoilé jeudi le détail des aménagements pour ses « sex-box », ses garages destinés aux travailleuses du sexe grâce auxquels les autorités locales espèrent pouvoir mieux encadrer la prostitution.

A compter du 26 août, neuf abris ouverts de 19h à 5h du matin entreront en fonction dans un ancien quartier industriel à l’ouest de la ville, a indiqué le département municipal des affaires sociales dans un communiqué. Le site sera accessible uniquement aux automobilistes qui devront impérativement être seul à bord de leur véhicule, ont précisé les autorités zurichoises.

      Près de 40 travailleuses

Après avoir passé la grille, les automobilistes devront alors suivre un circuit bien fléché et balisé, en commençant par s’engager dans une boucle où se posteront 30 à 40 travailleuses du sexe. Une fois les prestations et les tarifs négociés, ils pourront alors se diriger vers un des neuf sex-box à disposition des prostituées. Si le site ne sera pas accessible aux piétons, deux abris de plus petites tailles seront également mis à disposition pour les clients des prostituées qui préfèrent rester en dehors de leur voiture.

Chaque box, qui ressemble un peu aux cabines où les automobilistes peuvent laver leur voiture, sera équipé d’une sonnette d’alarme qui permettra aux prostituées d’avertir la police à tout moment en cas de danger. Les autorités municipales entendent ainsi assurer la sécurité des prostituées et mieux encadrer ce phénomène, notamment face aux risques de trafic d’êtres humains.

Avec ce site, déjà qualifié dans les médias suisses de sorte de « drive-in du sexe », elles espèrent également déplacer le commerce du sexe en dehors de la ville, en particulier aux abords de Sihlquai où les prostituées affluent chaque soir, au grand dam des riverains. Pour s’assurer que les clients délaissent cette artère, les autorités zurichoises n’ont d’ailleurs pas ménagé leurs efforts.

Le site sera clairement indiqué à l’aide de panneaux de signalisation flanqués d’un parapluie rouge, un symbole connu dans toute l’Europe de l’Est pour indiquer les zones de prostitution. La ville de Zurich s’est par ailleurs efforcée de d’aménager un cadre agréable, agrémentant l’espace de verdure et de guirlandes lumineuses.

     Pas de surveillance vidéo

Pour ne pas effrayer les clients, la ville n’a pas non plus prévu de surveillance vidéo ni de présence policière permanente. En revanche, des assistantes sociales et des agents de sécurité seront présents sur le site dès l’ouverture. Dans un communiqué, les autorités zurichoises ont toutefois reconnu qu’il faudrait probablement un peu de temps avant que ce dispositif trouve sa place, notamment après la forte attention qui a lui été porté récemment dans les médias suisses.

Elles dresseront un premier bilan trois mois après son entrée en service, ont-elles précisé.

Le projet de « sex-box » avait été approuvé en mars 2012 par les habitants de Zurich lors d’une vote populaire. Les travaux ont coûté 2,1 millions de francs suisses (1,6 million d’euros), soit un chiffre moins élevé que le budget voté. Les coûts de fonctionnement s’élèveront à environ 700.000 francs suisses par année.

Après avoir expliqué à ma grand-mère pourquoi j’allais écrire au journal (conversation terminée par un « bouh ! tu perds ton temps ! »), je suis allée chercher internet là où je pouvais le trouver : l’office de tourisme du village où je suis en vacances. Et j’ai envoyé le mail suivant au rédacteur en chef et à ses deux adjoints, ainsi qu’au directeur de la publication :

Madame, Monsieur,

 J’ai été très choquée par la façon dont vous avez traité l’information relative au « drive-in » du sexe zürichois dans la Charente Libre du 16 août 2013 (page 2). Le simple choix du titre paraît déjà contestable : peut-on vraiment parler d’innovation lorsque la chose en question ne fait qu’entretenir un servage de la femme qui existe depuis la nuit des temps ? on pourrait croire à une forme d’humour ; j’y ai cru.

 Mais non, le billet est parfaitement descriptif, voire admiratif : on apprend ainsi que ce nouveau dispositif va permettre de « mieux encadrer (la prostitution), notamment face aux risques de trafic d’êtres humains ». Formidable ! ah, l’innovation ! Les prostituées en question, qui vont se geler les miches par dizaines dans un hangar, dans l’attente du premier connard venu qui viendra les baiser dans un box « qui ressemble un peu aux cabines où les automobilistes peuvent laver leur voiture », doivent vraiment être contentes qu’on se soucie des risques de trafic d’êtres humains.

 J’entends déjà les chantres du libéralisme me taxer de « conservatrice », de prude peut-être aussi…sauf que, à trop vouloir défendre la liberté, même la plus idiote, on produit les mêmes effets que la pire morale bourgeoise du XIXème siècle, qui voyait les bordels comme des égouts séminaux, écœurants peut-être mais bien utiles pour la « santé des ménages ». Pourquoi ne pas proposer des « drive-in » dans lesquels les chefs de chantier ou les patrons d’usine iraient recruter des enfants pour les employer quelques heures ? ce serait une belle innovation, qui permettrait de mieux encadrer les risques liés au travail clandestin.

     J’attends avec impatience d’apprendre comment on continue à exploiter les plus faibles en faisant passer ça pour un progrès social.

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Pour l’instant, je n’ai eu qu’une seule réponse, automatique, d’un des rédacteurs en chef qui est en vacances…peut-être que l’auteur de l’article devrait en prendre quelques-unes également…d’ailleurs je crois que je pourrais deviner sa destination.

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L’appel du large

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Depuis quelque temps, les gens m’appellent Marine. Bon, les gens, j’exagère. Certains, qui me connaissent à peine. Mais des gens que je connais à peine, ça fait un moment que j’en côtoie et cette confusion ne s’était jamais produite à une telle fréquence.

Je n’y ai pas prêté attention la première fois, ni même peut-être la deuxième. Mais au bout d’un certain temps, je me suis posé des questions…qui ont vite trouvé une réponse.

Il y a quelques mois, dans le hall d’une maison d’édition, j’ai surpris une conversation entre deux personnes de l’accueil. Elle se terminait par « moi je l’aime bien Marine », et le type a rajouté quelque chose sur son physique du style elle est bien elle est blonde – et j’exagère à peine.

Cette Marine, c’est Madame Le Pen. Pourquoi est-ce qu’on l’appelle Marine ? A ceux qui me répondront « parce que c’est son prénom » je peux déjà dire que c’est faux, son vrai prénom étant Gilberte. Non je plaisante. Elle s’appelle Marion Anne Perrine, et Marine est son prénom d’usage. C’était bien la peine de lui en donner 3. Si on l’appelle donc par son prénom d’usage, c’est parce qu’elle l’a voulu. La vague bleue marine, « les gars dla Marine », les « marinistes »….tout ce vocabulaire a été conçu par le Front national dans une sorte de plan com’ axé dédiabolisation. En l’appelant Marine, on oublie Le Pen, ce qui est déjà énorme. On lui donne aussi un côté sympa, accessible, loin du protocole que l’on associe aux hommes politiques. Marine c’est ma copine, ou au moins ça pourrait l’être.

La personnalisation d’un parti, l’adoration d’un individu….c’est curieux, j’ai déjà entendu ça quelque part. Ah, oui ! le Front de gauche. Pendant la campagne présidentielle et même après, combien de fois a-t-on entendu que Jean-Luc Mélenchon « galvanisait » les foules, qu’il était un gourou, une rock-star, que tout tenait à lui, qu’il était centré sur sa personne et ainsi de suite. Il y avait peut-être du vrai : un parti politique a sans doute besoin de figures fortes, de gens capables de porter le drapeau. Et le fait de savoir parler en public, de se faire comprendre par tous, de rendre plus simples des affaires que l’on tient habituellement pour complexes afin que ce bonhomme de peuple ne s’en mêle pas, tout cela est assez rare pour être remarqué, et mis en valeur.

Mais pourquoi n’a-t-on rien dit sur cette bonne vieille Marine, qui a quand même créé un rassemblement à son nom pour les législatives ? il est vrai qu’elle ne galvanise pas les foules. Ses meetings sont ennuyeux au possible, on l’entend réciter ses petites fiches bristol qui lui disent comment cracher sa haine sans trop choquer le bourgeois, ou le journaliste — ce qui est parfois équivalent. En réponse, des mamies agitent des bristols passés à la bombe rouge (le fameux « carton rouge ») qu’on leur a distribués à l’entrée avec un brumisateur. Et puis il y a des jeunes qui se radinent sur scène à la fin pour beugler la Marseillaise, et qu’on se dise tous « ah c’est un parti qui se renouvelle, vlà que la jeunesse prend la relève ! ».

Parlons-en de la jeunesse au FN. C’est un de leurs arguments majeurs. La nièce de Mme Le Pen, au doux nom si républicain, est jeune. Heureusement pour elle, car on ne sait pas ce qu’on aurait pu dire d’autre à son sujet. Et elle a été élue députée : vive la démocratie.

Etienne Bousquet (oui oui)- Cassagne avait lui aussi l’argument de la jeunesse. 23 ans, un physique de représentant en shampooing, des parents agriculteurs, que demander de plus ? peut-être un blog. Il n’y a je crois qu’un seul article, une présentation de lui-même qui commence, vous le devinerez, par la mention de sa date de naissance. Quelques lignes plus loin il tire sa révérence au grand chef : « Jean-Marie Le Pen qui est pour moi un des plus grands hommes politiques de ces cinquante dernières années, si ce n’est le plus grand !! » il aurait pu rajouter un autre point d’exclamation, ça aurait donné encore plus de poids à l’argumentation. Mais il n’oublie pas la cheftaine, quand il rappelle le Congrès de Tours : « Ce congrès a consacré Marine présidente du Front National et candidate à l’élection présidentielle. » ou qu’il évoque la formidable envolée de son parti : « Ce dynamisme est dû en grande partie à la figure emblématique de Marine ».

Évidemment, qu’un jeune frontiste défende les Le Pen, ce n’est pas très étonnant, ni même inquiétant ; la France a toujours eu sa portion d’abrutis mais elle a quand même avancé. Ce qui est plus délicat, c’est qu’on n’ose plus les appeler abrutis. Je suis sûre que vous vous êtes dit que j’exagérais. « Ce sont des gens qui souffrent ! » peut-on entendre partout. On ne veut plus de « moralisation », parce que ces personnes ne méritent pas l’opprobre. Pourquoi ? parce que leur capitaine est sympathique et a des cheveux blonds ? non, la réponse est bien plus simple : parce qu’ils deviennent de plus en plus nombreux. Quand il y a 5% de cons, on peut les appeler des cons, quand ils sont 20%, ils deviennent des gens qui souffrent ou qui ont des choses à dire.

Il n’y a pas d’élections politiques en ce moment ; nous sommes en été, le soleil brille. Pourquoi penser à ce qui fâche et qui divise ? on voudrait oublier la politique pour quelque temps, ne pas se prendre la tête entre amis pour des « opinions » divergentes. Sauf qu’en France, et pour rappel, le racisme et l’homophobie (entre autres) ne sont pas des opinions mais des délits. Alors, peut-être, le FN ne se résume pas à cela, je caricature….mais à mon sens, quand les gens souffrent, ils feraient mieux de se serrer les coudes, de chercher les vrais coupables, de se révolter, plutôt que d’accuser le voisin et d’aller mettre leur bulletin bleu marine dans l’urne le jour des élections, en attendant avec délectation de voir le sourire carnassier de leur guide s’afficher au journal de 20 heures, se réjouissant à nouveau d’avoir réuni plus de cons que la fois d’avant.

Moi aussi je voudrais l’oublier, mais quand les gens me disent « Bonjour Marine » le matin, alors qu’il fait beau dehors, je ne peux m’empêcher d’être inquiète. Sans doute n’y pensent-ils même pas. Pourtant à force d’entendre parler de la patronne du FN, son prénom rentre dans les têtes, même dans celles qui ne partagent pas ses idées. On commence à l’accepter, à se dire « pourquoi pas ? » ; certains souhaiteraient même que le FN gouverne pour qu’il s’auto-détruise ; bref, l’idée de Madame Le Pen au pouvoir semble devenir envisageable.

Courage, résistons !

Jaurès, que le FN s’approprie allègrement aujourd’hui alors que c’est un de leurs semblables qui l’a assassiné il y a un siècle, a ces mots à la fin de son discours sur la jeunesse (une proposition pour remplacer la citation galvaudée de René Char ?) :

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Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.

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Le poème pulvérisé

Lors de notre premier cours de français en khâgne, le professeur nous a distribué un pavé de près de 900 pages, annonçant avec fierté : « comme il n’existait pas de manuel pour les khâgneux, j’en ai créé un ! ». Il s’agissait d’une compilation de textes importants, de critiques, de fiches sur des mouvements littéraires, d’exemples de dissertations ou de commentaires…bref, un livre-somme, très utile et que je garde toujours. Je me souviens aussi qu’il avait insisté sur l’épigraphe du livre, une citation de René Char qu’il affectionnait particulièrement :

 Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.

Il nous flattait. On se sentait appartenir à une communauté, nous étions des gens à part. Les autres ne pouvaient que nous « regarder ». Nous allions connaître le bonheur, le risque, la grande vie. La chance n’existait qu’à peine, puisque nous, nous pouvions l’imposer. « A real man makes his own luck », comme dirait Cal dans Titanic.

C’était vraiment une belle entrée en matière.

Quelque temps plus tard, j’étais chez Mollat et j’examinais un manuel de mathématiques — destiné lui aussi à des élèves de classes préparatoires. Il s’ouvrait par ces mots :

 

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.

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Je me suis sentie un peu trahie. Autant j’acceptais de partager René Char avec mes quelques camarades de khâgne, autant là, ce livre pouvait être acheté par n’importe qui, et ces mots, que je croyais destinés à des happy few, prenaient un goût désagréable : celui de la banalité. En plus, il s’agissait d’un livre de math. C’était un peu donner de la confiture à des cochons, faire croire à ces esprits bornés qu’ils étaient capables d’atteindre des hauteurs…comme si le reste du monde allait les regarder gribouiller leurs petits exercices d’application, comme si c’était là le bonheur qu’il fallait serrer. Le moyen de devenir ingénieur des ponts et chaussées en 10 leçons… Tu as bien fait de partir, René Char !

Je commençais à penser que c’était la phrase-type des profs de prépa, une façon de brosser les élèves dans le sens du poil pour les faire travailler, en privilégiant l’adresse personnelle par le tutoiement pour faire croire qu’on était quand même uniques. Évidemment, j’allais connaître de nouvelles déconvenues.

Début 2011, c’est la RATP qui, dans un partenariat avec Gallimard, a choisi de ressortir la citation. A côté de tous les messages de prévention du style « Étiquetez tous vos bagages », « Dans le bus, pour être en règle, on valibus » ou encore le plus moralisateur : «  Si chacun fait ses propres règles, tout se dérègle », ce pauvre René paraissait en décalage. On pouvait penser que c’était un message subversif, une façon de nous dire « Tout n’est pas perdu ! », un message d’humanité qui nous parvenait du fond des rames. Mais je commençais à me dire que cette phrase revenait souvent. Je ne l’aimais plus comme aux premiers moments.

Cela me faisait penser aux messages d’adieux que l’on s’envoie plusieurs fois. A force de se jurer que c’est la dernière lettre, que les mots ont une résonance particulière, que tout est fini et que non, je ne reviendrai pas sur ma décision, on devient simplement un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante.

Les politiques eux aussi aiment cette petite phrase. Ils la sortent à tout bout de champ, à droite comme à gauche. En 1998, Jean-Pierre Soisson l’avait utilisée suite à son élection au conseil régional de Bourgogne pour répondre à ceux qui l’accusaient d’avoir bénéficié des voix du FN. Quel rapport ? on s’en fout, ça fait bien !

Pierre Moscovici est sans doute le champion. Il l’a d’ailleurs dit récemment sur Europe 1, cette citation est « sa devise ». (devise qu’il ne connaît pourtant pas si bien puisqu’il a inversé l’ordre en commençant par aller vers son risque avant de serrer son bonheur, mais après tout pourquoi pas).

En faisant quelques recherches, j’ai découvert que cette intervention à la radio n’était qu’une de ses nombreuses récidives. En 2000, pour répondre à France 3 qui lui demandait si son poste de ministre délégué aux Affaires étrangères n’était pas trop ingrat, il avait répondu : « C’est vrai que la politique, de toute façon, est une belle leçon d’humilité. Je suis un optimiste, je pense toujours aux vers de René Char : “Impose ta chance […].” ».

 En 2009, sur RMC cette fois, alors que le PS allait mal : « Je dis à Martine: “Je suis disponible”, “va vite”, et comme disait René Char, “impose ton risque”. Il n’y a pas de politique sans risque. »

Sur son blog fin 2012 : « Au fond, à l’égard du Financial Times, de The Economist, comme d’une certaine manière en direction des agences de notation, qui, à l’image de Standard & Poors, commencent à comprendre le sens de nos efforts, je serais tenté de citer mon vers favori, de René Char […]. »

Et quelques jours plus tard, il cède à la tentation, pour défendre la Banque Publique d’Investissement à l’Assemblée nationale : «  Olivier Faure a évoqué la politique économique du gouvernement. Cela me fait toujours penser à ce vers de René Char […]. Oui, nous avons fait de bons choix pour le pays, mais cela demandera un peu de temps pour en voir les fruits. »

Manpower aussi a jugé bon de reprendre la phrase à son compte. Selon eux, « la chance joue un grand rôle dans un parcours professionnel. C’est ce que pensent 84% des personnes interrogées par un réseau professionnel dans le cadre d’une étude réalisée dans 15 pays. ». Et de citer René Char, pour appuyer LinkedIn.

Les auteurs de blogs en tous genres se l’approprient pour parler de leur crises de la trentaine, ou aborder l’actualité, en précisant chaque fois sur un air inspiré que « cette phrase résonne particulièrement bien aujourd’hui ». De « la ziza du 56 » au plus chic « Esprits nomades », René Char a su conquérir la toile.

Dernière sortie en date, le 14 juillet 2013, lors du dévoilement de la nouvelle Marianne (le timbre) par François Hollande. Voici les paroles de notre Président, alors qu’il s’adressait aux deux lycéens présents sur la tribune qui avaient participé au vote :

« Une douce Marianne, harmonieuse, pour une France déterminée. La jeunesse est la priorité de mon mandat et ce timbre en est l’illustration. Vous avez choisi une Marianne, symbole de la République, et la vouloir jeune, c’est un présage, parce que c’est une France déterminée que vous avez choisie, une France volontaire, une France qui voit loin, une France qui veut construire son propre destin, une France qui fait en sorte que la jeunesse soit sa promesse »

avant de conclure, comme de juste, par ces mots rares :

 « Impose ta chance, sers (sic) ton bonheur, va vers ton risque et alors (sic) à te regarder, ils s’habitueront ».

C’est un peu comme le téléphone arabe, à force de répéter cette phrase, on la recompose. Peut-être que dans 10 ans on dira « Impose ta danse, sers mon malheur et va vers le risque et alors les autres comprendront à force de te regarder ».

Arrêtons notre Char ! et plutôt que de nous flatter sans cesse d’être au-dessus des autres, acceptons enfin – et c’est sans doute plus difficile – que nous sommes comme tout le monde, que nous connaissons rarement le bonheur ou le risque et que c’est à cela que l’on s’est surtout habitué.

Dans « Commune présence », René Char s’adresse encore à nous directement, familièrement, mais cette fois pour éprouver notre humilité. Sans doute est-ce la raison pour laquelle on ne trouve pas ces mots dans les couloirs du métro ou sur les blogs des ministres. Voici les premiers vers :

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 Tu es pressé d’écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie

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Etre ou ne pas être…en capacité

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Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? cette question se pose en effet lorsque l’on observe les tendances langagières actuelles.

 « Cap ou pas cap ? » disent les enfants par défi. Sur le même mode on trouve d’ailleurs la version plus méprisante, parfois même dépitée : « même pas cap…. ».

Les adultes cherchent – qui sait ?-  à travestir leur part d’enfance et renouvellent le défi : « euh Gérard, tu es en capacité de faire un scan avec la nouvelle machine ? ». Si Gérard ne sait pas faire, on pourrait lui balancer « pfff, même pas en capacité le type… ».

Cette expression permet de donner un côté professionnel – et donc sérieux – aux affaires les plus banales. Pourquoi ne sommes-nous plus en capacité de parler net ? Par exemple, on pourrait dire « Gérard, tu sais faire un scan avec la nouvelle machine ? » ou, si on veut à tout prix associer Gérard à une matrice d’aptitudes réalisées ou non, on peut opter pour le plus classique mais néanmoins efficace: « Gérard, es-tu capable de scanner avec la nouvelle machine ? ».

Mais je manque sans doute un point. Être en capacité, ce n’est pas exactement être capable, c’est quelque chose de plus. Gérard pourrait être capable, dans l’absolu, de scanner, mais ne pas être en capacité de le faire, en pratique, parce qu’au moment précis où on lui pose la question, il a autre chose à faire. S’il répond « non je ne suis pas en capacité de le faire », cela ne veut peut-être pas dire stricto sensu qu’il ne sait pas scanner mais que, en l’état actuel des choses, il ne peut pas nous aider. C’était bien la peine de faire ces salamalecs.

Dans le fond, ce qui nous intéresse, c’est qu’il nous le fasse ce maudit scan ; on se fiche qu’il sache le faire ou non dans l’absolu. Et c’est peut-être ce que révèle cet usage de l’expression : ce qui compte, c’est que les gens soient opérationnels. Comme des fusées en lancement, nous devenons des agents en capacité (même si la comparaison de la fusée qui décolle et de Gérard qui utilise une imprimante est peut-être un peu risquée).

Mais, surtout, le plus agaçant demeure cette enflure du vocabulaire, ce caractère pompeux et ridicule donné au discours, cette fausse correction qui donne aux incultes le sentiment d’être lettrés. Si  seulement le fait de rajouter des mots pouvait combler le vide des phrases, doivent-ils penser… mais je n’accable personne. Il a dû y avoir quelqu’un, dans un obscur bureau d’une obscure ville de France qui a décidé que nous utiliserions cette expression. Et elle se répand, comme un virus. Même des gens bien sont frappés. Ne vous sentez donc pas visés s’il vous est déjà arrivé de parler ainsi. Et rentrez dans la lutte, avec pour seul mot d’ordre :

L’expression « en capacité » a vocation à disparaître.

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Tout comme l’expression « avoir vocation à » est en capacité de me fournir un nouvel article.

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